Dash — a year alongside the Core Developers
Editor's note — this interview was originally published in two parts by BitConseil in 2017. The original pages have since gone offline, so it is reproduced here verbatim from the Internet Archive, in the original French, to keep the record intact. Links to the archived sources are at the bottom.
Première partie
Nous ouvrons nos colonnes à Alex Werner, développeur de la monnaie numérique décentralisée Dash : à travers son point de vue et son expérience, il nous éclaire sur le fonctionnement du réseau et ses objectifs. Les articles présents dans la catégorie “billets d’opinions” n’engagent que leur propre auteur.
Dash – It’s Digital Cash.
Certes, il est possible que pour certains crypto-enthousiastes des premiers jours (vous ?), ce soit bien trop “marketeux” et que vous n’aimiez pas ça.
Mais il me faut vous l’avouer : nous venons de bien loin, des premiers jours de janvier 2014, où nous étions connus sous le nom d’XCoin, jusqu’à l’ère Darkcoin (un mois après), avant que la communauté, inexorablement grandissante, s’accorde autour d’un consensus sémantique en mars 2015 : Dash.
C’est plus classe, bien plus facile à retenir, facile à prononcer dans plusieurs langues, il n’y a plus le “coin” derrière mais à la place le terme “cash”, ainsi qu’un logo sympa et unique. Cela tend à donner confiance à madame et monsieur tout le monde, et l’image un peu trop “dark net” y est retirée; pourquoi a-t-on fait cela ? Car c’est NOTRE PROJET !
Intéressés ? Laissez-moi vous en dire un peu plus, mais avant, règle de politesse oblige, je me présente très rapidement : je suis Alex Werner, développeur. Vous m’avez peut-être connu avec Dreamovies en 2006 – l’un des premiers sites de streaming, gratuit et sans publicité, alors que cette activité n’était pas encore légiférée. Il m’aura fallu quelque temps, mais j’ai finalement découvert Bitcoin en 2011. Après une phase de scepticisme, j’ai alors été convaincu et attiré par ce que je percevais comme étant la solution qui permettrait enfin de lutter contre ce que j’appelle de l’esclavagisme moderne par la création monétaire.
Dans la continuité de cette idée, et voyant une divergence au sein de Bitcoin, j’ai finalement rejoint en octobre 2016 la communauté Dash après quelques pérégrinations au sein de plusieurs autres cryptomonnaies. J’y retrouvai alors l’idée originelle qui m’avait séduit, et je consacre désormais le maximum de mes compétences et de mon temps à donner vie à la vision de la communauté.
Quasiment dé-bancarisé moi même, je suis rémunéré par la chaîne de blocs après le vote mensuel de la communauté, qui décide de la répartition des deux millions d’euros que le système de récompense/budgétisation nous délivre. Je ne suis pas le seul : chaque contributeur autonome, bug bounty[1], partenariat, intégration, DAO (Organisation Autonome Décentralisée), chaque projet est voté par la communauté et pour la communauté.
Pour ma part, je suis rattaché à l’une des DAO les plus actives en ce qui concerne le développement technique de Dash sous le titre de lead developer back-end.
Pour faire au plus simple, cela signifie que je m’occupe de gérer la conception, les futurs développements et les problématiques techniques de Dash Evolution sur la partie que l’on pourrait qualifier d’“invisible” (orientée masternodes); tout en restant bien évidemment le référent technique de mon équipe et ayant une partie quelque peu “managériale” qui consiste à planifier temporellement les développements (roadmap et méthodologie agile), gérer le recrutement de nouveaux membres, participer activement à rencontrer/discuter avec la communauté (Slack, Twitter, reddit, meetups, conférences, cafés avec les Toulousains…).
DAO ? Back-end ? Masternodes ? Evolution ? Mais de quoi diable parles-tu ?!
Ne vous inquiétez pas, je suis là pour vous expliquer tout ça !
Tout d’abord, laissez-moi vous parler de la raison d’être de Dash : nous sommes plusieurs parmi l’équipe à avoir connu Bitcoin dans ses premières années, et nous l’avons espéré comme un véritable moyen de paiement au jour le jour, sans le limiter à une réserve de valeur à la façon d’un “or digital”. Du coup il aura fallu réunir la communauté autour de la même vision au sein d’une cryptomonnaie : Dash.
Notre objectif premier est d’offrir une solution d’indépendance face à ce que l’on estime être de l’esclavagisme monétaire, piégeant nombre de gens au sein d’un système truqué.
Que l’on ne s’y trompe pas, nous restons basés sur un fork de Bitcoin, et nous profitons des avantages que cela présente, notamment les mises à jour en termes de sécurité, d’améliorations et d’optimisations. Nous effectuons le monitoring de chaque ligne modifiée du code de Bitcoin en appliquant les correctifs que nous souhaitons, et en évitant les fonctionnalités dont nous ne voulons pas (cherrypick) : nous observons, nous discutons, nous décidons, c’est un peu comme faire ses courses. Car peut-être ne l’imaginiez-vous pas, mais même l’équipe de Bitcoin participe au développement de Dash (indirectement, et d’ailleurs c’est le cas pour la plupart des librairies également – on utilise l’existant pour construire dessus et améliorer).
Au-delà de tout ceci, voyez ce long débat inexorable autour de la question “est-ce que Bitcoin doit permettre de payer son café ?” : chez Dash, nous sommes très clairement en faveur du oui. Bitcoin a décidé pendant un temps de prendre un autre chemin, et c’est ainsi que Dash est apparu. Dash entend offrir non pas seulement une alternative aux banques (livret A/épargne), mais une alternative à Visa/Mastercard.
Du coup, nous sommes exigeants, car non contents de vouloir un réseau capable de supporter de nombreuses transactions à faible montant, nous les voulons rapides. Nous avons donc testé un temps de confirmation plus court de 2,5 minutes (en comparaison, Bitcoin propose un temps théorique de 10 minutes – problématique de scalabilité actuelle mise de côté). Pour une somme conséquente, il est recommandé (BTC ou Dash) d’attendre 6 confirmations pour être tranquille.
Mais c’est bien trop long deux minutes et demi, et bien que j’adore ma boulangère, en tant que bon vieux développeur, je n’ai pas forcément grand-chose à lui dire pendant ces deux minutes d’attente. Ainsi est né en mai 2016 InstantSend, qui permet de confirmer une transaction en 1,7 seconde en moyenne, grâce à un système de consensus entre les masternodes. Depuis ce moment-là, nous avons arrêté de concurrencer Bitcoin ou même Visa, mais directement Paypal.
Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai une carte dite “Electron”, et je mets bien plus de 2 secondes au supermarché pour payer mes courses. Et comme, décidément, les renégats des cryptos que nous sommes sont très exigeants, nous avons aussi voulu des transactions à faible frais (à titre de comparaison, vous donnez 3% chez Visa, et 1 € chez Bitcoin si la chance vous sourit).
Réellement, une transaction doit être la plus faible possible (actuellement entre 0.003€ et 0.07€ pour une transaction standard); nous y tenons, déjà parce que certains d’entre nous sont des clampins à carte Electron, et parce que – ne vous inquiétez pas pour la rémunération de ceux qui sécurisent le système – nous avons une brillante solution ! [LAQUELLE?] Plus encore, nous ne voulons pas tous que des curieux sachent que nous sommes consommateurs réguliers du café “Chez Claire” par exemple, donc nous avons implémenté PrivateSend, pour avoir le choix de payer notre café anonymement, mais sans pour autant enlever la possibilité pour une ONG de garder son livre de compte public. Ainsi, personne ne peut avoir accès à ces données, du fisc à l’assureur, de mon voisin jusqu’au mec qui souhaiterait connaitre les horaires auxquels je suis hors de chez moi pour me voler – ma femme elle-même serait bien trop surprise de s’apercevoir que je vois cette Claire si souvent.
D’ailleurs, BitMixer lui même (qui vient de fermer ses portes) vous conseille (entre autres) notre solution à cette problématique.
Ainsi, nous rivalisons d’ores et déjà avec Visa et Paypal en terme de frais, de rapidité, d’indépendance, d’anonymat et de sécurité, mais désormais, nous avons deux nouvelles lubies. Tout d’abord, nous voulons gérer un nombre de transactions par seconde convenable. À titre de comparaison, voici les valeurs gérées aujourd’hui par différentes solutions : 4 tx/s pour Bitcoin, 16 tx/s pour Dash, 450 tx/s pour Paypal, et 4000 tx/s pour Visa.
Eh bien, de quoi tu te plains, c’est quatre fois plus rapide que Bitcoin ton truc, pourquoi tu viens m’enquiquiner ?
C’est vrai, mais rappelez-vous, Bitcoin a cessé d’être notre concurrent en 2016, et nous visons désormais votre fournisseur favori de carte bleue. Il m’est avis que la seule raison pour laquelle le système laisse vivre les cryptos, c’est qu’après avoir étudié la partie technique de Bitcoin, et notamment la gestion des transactions à la seconde (forcément, c’est leur problématique propre), la conclusion fut que tout ceci n’est qu’un jouet pour nerds, incapable de rivaliser avez le grand et fort réseau bancaire d’aujourd’hui.
D’où notre roadmap actuelle, prévoyant de gérer 24 tx/s en novembre 2017 (si tout se passe bien via la version 0.12.2 dont vous pouvez suivre l’évolution ici), suivi d’une augmentation progressive jusqu’à 4096 tx/s dans les prochaines années. J’anticipe votre question : non, nous ne pouvons pas passer directement à 4096 tx/s. Il y a de réelles problématiques techniques derrière tout cela, et il nous faut pouvoir les gérer petit à petit.
Laissez-moi l’illustrer par un exemple (ce n’est pas le seul) : lorsqu’un bloc est miné, il est propagé à travers tout le réseau, et du fait de la liberté donnée à chaque mineur de choisir quelles transactions il y inclut (souvent en fonction des frais), il est compliqué d’utiliser uniquement la mempool[2] pour cela, d’où l’envoi de l’intégralité du bloc (avec ses transactions). Lorsque celui-ci est gros (plusieurs mégaoctets) et que le mineur a une connexion faible, la propagation se compte en dizaines de secondes, durant lesquelles un autre mineur pourrait trouver un autre bloc valide, et le propager plus rapidement grâce à une connexion gigabits (quand bien même il aurait été miné après).
Notre seconde lubie est d’offrir une véritable facilité d’utilisation : nous sommes partis des poches pleines de lourdes piécettes, nous en sommes venus aux billets, puis aux chèques, puis aux cartes bancaires, jusqu’à Paypal… Mais franchement, malgré la longue histoire de la monnaie, bien qu’il ait offert la première porte de sortie du système bancaire (avec les monnaies communautaires locales), Bitcoin est un retour un arrière en terme d’expérience utilisateur et de facilité d’utilisation.
Et bien justement, c’est pour ça que je peux me rendre enfin utile, comment ? Via Dash Evolution – ouais, je sais, nos “marketeux” sont vraiment en feu (bien que le nom soit en réalité celui de la roadmap et non pas le nom final) ! L’instigateur de Dash (Evan Duffield), ayant aujourd’hui un rôle plus éloigné en tant d’advisor, aime raconter l’histoire de sa grand-mère qui galère avec les crypto-monnaies : si seulement j’avais pu avoir cette chance… car moi, c’est carrément ma mère. Elle, qui malgré son PC Personnel depuis Windows 95, qui m’a fait goûter aux joies du modem 56K, avec son e-commerce dès début 2007, elle est aujourd’hui agacée car je ne lui ai toujours pas créé son compte Dash et que sa banque continue de faire des opérations de type pull sur son compte.
Eh bien, elle peut pas télécharger Exodus Wallet, et acheter son p’tit Ledger Nano des familles ?
Ouh la la, malheureux, ce n’est pas si simple (enfin pour vous et moi, si), elle ne comprend pas bien comment cela fonctionne, et ça lui fait peur.
Alors oui, elle va comprendre l’aspect nécessaire du projet, elle comprend mon combat et l’idéologie qu’il y a derrière, l’offre d’une solution aux dé-bancarisés (par choix ou par obligation), aux libertaires et aux enchaînés désireux d’être libérés du système. Mais bon, c’est technique… Alors on gruge, on essaye de faire des mnémoniques (les 12 ou 24 mots que vous avez planqués sur un papier), certains mentalistes vous donnent des techniques pour retenir par coeur votre adresse Bitcoin…
Mais franchement, dire “envoie-moi 5 dash à alex.werner@dash.org” et pouvoir utiliser son wallet partout sans avoir à télécharger des gigaoctets de données ni avoir à faire confiance à un service tiers, n’est-ce pas juste plus simple ? Et bien, nous vous comprenons, nous sommes d’accord et même plus, nous sommes sur le coup et ça arrive, plus vite que vous ne pouvez le penser.
Comment fait-on ? Eh bien, Dash utilise astucieusement différents systèmes, axés notamment sur la gouvernance à travers les masternodes.
Mais patience, nous verrons tout ceci en détail dans la suite de cet article à paraître prochainement.
Deuxième partie
Deuxième partie de l’article d’Alex Werner, développeur de la monnaie numérique décentralisée Dash : à travers son point de vue et son expérience, il nous éclaire sur le fonctionnement du réseau et ses objectifs. Les articles présents dans la catégorie “billets d’opinions” n’engagent que leur propre auteur.
Dash – Masternodes et gouvernance :
Je vous explique, il y a un débat dans la sphère Bitcoin – on adooore les débats dans le monde des cryptomonnaies – ce débat donc, c’est celui de la taille des blocs. Depuis combien de temps fait-il rage, trois ans à peu près ? De notre côté, avec la gouvernance, on aime à dire qu’on a résolu le problème en vingt-quatre heures.
Forcément, c’est facile d’être d’accord quand on est quatre barbus à poil autour d’une table…
Et bien détrompez-vous, il y a en ce moment 3 500 votants. Et la communauté était déjà très nombreuse, avec des opinions divergentes. En comparaison, un an plus tard, il n’y a “que” 1000 votants de plus.
Ah tu vois, j’avais bien dit que vous étiez quatre pélos.
Et bien, c’est un poil plus compliqué : par exemple, je suis développeur, mais je n’ai aucun droit de vote. Au mieux, on accepte de m’écouter. Pourquoi ? Et bien c’est justement ça l’histoire des masternodes.
Notre système est basé sur plusieurs niveaux. Vous avez le célèbre mineur classique; celui-ci, vous le connaissez déjà, donc je passe au second niveau qui constitue le réseau Dash : celui des masternodes. Il s’agit d’avoir 1000 dash (290 000 € à l’heure d’aujourd’hui…) déposés en collatéral (ils restent votre propriété bien entendu, et vous pouvez les revendre sur Kraken en 1.6 seconde si vous le souhaitez). Ce collatéral est une incitation économique suffisamment forte pour que le possesseur de masternode puisse faire le meilleur choix lors de ses votes et puisse décider le plus sagement possible de la direction où il souhaite mener Dash (forcément, à 12 ans d’équivalent SMIC net le droit de vote, ça responsabilise plutôt bien les gens…).
Rappelez-vous, mon salaire est également voté chaque mois par ces mêmes gars-là, ils sont les gardiens de la bonne redistribution du budget mensuel de Dash. C’est donc ainsi que s’organise la gouvernance de Dash.
Woaw… Pa-ssio-nnant. Et alors ? C’est quoi le rapport entre ton mastertruc et la facilité d’utilisation ?
Et bien, ce possesseur est rémunéré pour ses 1000 dash mis en collatéral, à l’heure actuelle il touche environ 2 300$ par mois et par masternode, mais ce n’est pas gratuit, on va lui demander d’avoir une puissance de calcul convenable (très clairement, pas un smartphone ni un PC de maison), et une connexion Internet type 1 Gb/s. C’est ce serveur (qui a un coût mensuel d’environ 40 $ + par mois) qui permet d’effectuer les paiements instantanés et qui va permettre de sécuriser le réseau suffisamment rapidement lorsque les blocs auront une grande taille. C’est également ce serveur qui permettra aux utilisateurs d’avoir un pseudonyme ou une adresse mail, unique, dans la blockchain. D’aucuns pourront avoir une “liste de contacts” sauvegardée dans la chaîne de blocs, pour pouvoir en un clic payer directement depuis cette liste, sans voir cette notion d’adresse publique ou privée; non, ils paieront directement à Jean depuis un carnet d’adresses ou en tapant l’adresse : jean@monamis.fr.
En plus de tout ceci, un marchand sera capable également de mettre en place un processus simplifié pour qu’un seul clic suffise à confirmer une transaction directement depuis le portefeuille Dash. Imaginez-vous sur Amazon (sachant que le système de trésorerie nous permet de financer l’intégration par Amazon d’une telle fonctionnalité) : un simple clic sur Buy-With-Dash fera vibrer votre smartphone, sur lequel il vous sera alors demandé de confirmer le montant et le destinataire, puis d’appuyer simplement sur “Envoyer”, à la manière de la confirmation faite sur un Ledger. Simple, rapide et efficace : plus besoin de copier/coller quoi que ce soit, et pour les développeurs, cela sera facile à intégrer grâce à un SDK (une librairie pour développeurs) qui facilitera grandement la tâche.
Au delà de cette possibilité, il s’agit également d’apporter la mise en place de paiements récurrents, pour le paiement mensuel d’un service particulier. Personnellement je n’en suis pas fan, mais mes 4500 patrons – les masternodes – ont estimé cela indispensable, donc ce sera bien une fonctionnalité; libre à moi de ne pas l’utiliser.
Tout ceci est rendu possible par un réseau particulier que l’on appelle DAPI (API décentralisée), et c’est justement cette spécificité qui occupe mes journées et celles de mon équipe. Elle permettra d’avoir un client léger (smartphone par exemple), qui pourra recueillir toutes les informations nécessaires pour effectuer un paiement ou consulter ses comptes, sur n’importe quel mobile (ou même sur plusieurs mobiles à la fois), sans avoir à faire confiance à un serveur tiers; car de la même façon qu’avec la blockchain, tout reste sécurisé par la beauté des mathématiques (ici, ce qu’on appelle l’incitation économique, mentionnée plus haut, ne suffirait pas). C’est bien évidemment vérifiable par le client léger, et cela de manière automatique. En effet, bien qu’il soit possible de récupérer des informations depuis un noeud, les requêtes plus complexes nécessitent des développements supplémentaires, via ce qu’on appelle une API. Ce couple (noeud + API) est souvent mis en place sur des serveurs privés, c’est le cas notamment des portefeuilles dits SPV (qui ne nécessitent pas d’avoir téléchargé l’intégralité de la blockchain).
Cela pose différents problèmes : pour une compagnie de taille réduite, cela a un coût (mise à jour, maintenance, gestion d’attaques par déni de service, gestion de la charge…), et cela pose également un problème de sécurité (le serveur pourrait conserver toutes les adresses IP par exemple, ou modifier le code source et s’en servir pour falsifier les données – notamment en omettant certaines UTXOs).
Une API publique, décentralisée au travers de 4500 noeuds, permet justement de résoudre la plupart de ces problèmes. Et le SDK offrira les moyens de valider le tout et de gérer les aspects complexes qui pourraient exister. De telle sorte que trois ou quatre lignes de code suffiront à effectuer un paiement, et cela sans nécessiter une connaissance profonde de la technologie par l’intégrateur qui s’en occupera.
La facilité d’utilisation que souhaite apporter Dash est donc axée tant sur l’utilisateur que sur le développeur et l’entrepreneur. Notre pensée étant que pour arriver à soutenir l’intégration de Dash dans les points de vente, il faut réduire au maximum la complexité d’utilisation pour l’utilisateur et pour le marchand lui-même. Nos prochaines étapes seront alors focalisées sur les problématiques d’intégration du portefeuille avec une carte bancaire, ce qui explique le nombre de projets financés actuellement autour de ce sujet.
Et cette histoire de payer directement via une adresse mail, vous faites ça comment ?
Alors effectivement, le stockage de la donnée, ce n’est pas si simple.
Actuellement, il est possible de stocker une très faible quantité de données (80 caractères) dans une transaction. Cette limite sera quelque peu modifiée pour un type très particulier de données (impossible d’utiliser cet espace pour autre chose que les créations/modifications d’un compte). L’idée est notamment d’utiliser cet espace pour stocker une preuve d’existence (un hash) d’une donnée, synchronisée à travers ce que l’on appelle DashDrive (un système utilisant IPFS) qui sera également présent sur chaque masternode. Ces données serviront à déployer de nouvelles fonctionnalités : disposer d’un compte (possédant un nom d’utilisateur, qui peut être une adresse email par exemple) permettant de faciliter les paiements, mais également gérer d’autres éléments, par exemple une liste de contacts. Ainsi, pour ajouter un contact à votre portefeuille, il vous faudra passer par une demande préalable de contact et son acceptation par le destinataire, c’est également une donnée qu’il faudra stocker lors de l’acceptation dans DashDrive, mais également l’avoir dans la DAPI lorsque la demande est en attente d’acceptation. Ainsi, c’est réellement l’infrastructure de Dash qui permet au final de débloquer ce genre de fonctionnalités, en utilisant pleinement le système du quorum, DashDrive, DAPI et DashCore.
Globalement, à terme, le chemin à parcourir est encore long, il va falloir améliorer constamment l’usabilité, très rapidement via l’implémentation des multi-signatures au sein même des comptes, offrir la possibilité aux marchands d’avoir un type de compte particulier, ou leur offrir une place de marché décentralisée de confiance par exemple, et permettre d’avoir directement depuis l’application la liste des marchands acceptant les fonctionnalités avancées de Dash. Il faudra également offrir la possibilité de mettre en place un compte épargne, qui permettra d’obtenir des revenus via la mise en collatéral d’une partie des fonds qui serviront à lancer de nouveaux masternodes : la mise en commun de plusieurs comptes épargne permettra de réunir les 1000 Dash requis, ainsi, quelqu’un ayant 100 dash sur son compte épargne possédera 10% d’un masternode (soit, aujourd’hui, l’équivalent de 230$/mois).
La création de DashLabs (une autre DAO) est déjà en cours, ce qui permettra de se consacrer à la création de logiciels permettant d’utiliser les cartes graphiques pour améliorer la vitesse de validation des blocs (nécessaire à la continuité vers les 4000 tx/s), et par la suite la création de hardware open-source. La scalabilité sera un défi constant d’amélioration. Fort heureusement, les solutions sont nombreuses, mais longues à implémenter; c’est pour cela que le plus grand défi est la scalabilité de l’équipe elle-même. Bien que 40 personnes soient payées par la blockchain au sein de la DashCore Team uniquement, cela ne suffira pas; d’où la recherche constante des meilleurs talents. Au delà de cela, des fonds seront (et sont déjà) débloqués pour travailler avec des hackers et des universitaires pour tenter de mettre à mal notre système, afin de l’améliorer continuellement. Et enfin, l’aspect “vie privée” restant toujours aussi important, la possibilité d’utiliser le tout sur le réseau TOR est également importante. Il faudra également offrir un système de réputation pour les marchands présents sur le portefeuille. Evidemment, lorsque tout le système sera mis en place et utilisable facilement, il deviendra alors temps de commencer à toucher le public, et c’est à ce moment que la communauté mettra tout en place, en utilisant la puissance du système de trésorerie par la blockchain, pour financer une politique marketing capable de toucher le monde extérieur aux crypto-monnaies. La roadmap est ambitieuse, et au-delà, il faudra également compter sur toutes les autres DAOs et les entrepreneurs désireux de créer autour de Dash. La communauté entière est dédiée à cet objectif d’amélioration continue.
C’est super tout ça, mais serais-je toujours capable d’utiliser Dash sans avoir de compte ?
Bien évidemment, il faut bien comprendre que tout ajout supplémentaire se fait via un système à plusieurs couches. Ainsi, la première couche, celle qui permet les transactions simples, existera toujours. Au dessus, il y a la seconde couche qui passe par les masternodes, permettant PrivateSend et InstantSend. Et encore au-dessus, la troisième couche permettra d’implémenter les fonctions avancées que j’ai mentionnées. Tout est là pour ajouter sans jamais rien retirer : tout ajout reste bien sûr facultatif.
Du coup, après ces quelques minutes que tu as passées en ma compagnie, je pense que nous pouvons désormais nous tutoyer.
J’espère avoir pu te montrer que Dash est un projet sérieux, nous en sommes ici parce que nous avons bossé dur, et malgré toutes les critiques, le marché semble nous vouloir dans le top 10 des projets qu’il juge les plus importants. D’un point de vue très personnel, cette aventure est clairement la plus excitante que j’aie eu à vivre dans ma vie de développeur. Après avoir passé trop de temps dans l’écosystème des start-ups (qui a quelque chose de malsain), j’ai eu la chance de suivre l’évolution de Dash pendant cette année, me permettant d’enfin faire quelque chose que j’aime et à laquelle, idéologiquement, je crois. Alors bien sûr, c’est autre chose de travailler avec des gens dispersés tout autour du globe, c’est quelquefois dommage de ne pas avoir rencontré la moitié de mes collègues, mais le cadeau de voir d’autres personnes excitées par ce que l’on fait, de voir un tel retour positif de la communauté, compense très clairement le tout.
Nous avons encore un très long chemin à parcourir : nous entrons tout juste dans l’adolescence des crypto-monnaies. Et au vu de notre roadmap qui va jusqu’en 2023 -et encore, nous sommes une grande équipe de 38 personnes, et cela rien qu’au coeur de la DAO core – je n’oserai pas savoir quels sont les deadlines/roadmaps de certaines des équipes les plus petites – ce sera sûrement mouvementé mais fun.
Alors préparez le pop-corn et attendez-nous au tournant, car je vous le promets, ce sera un voyage palpitant.